Intolérance. Critique déguisée. Jugements gratuits. Injures
et véhémences. Fermeture d’esprit. Les plus grands maux de l’humanité se
faufilent partout, s’insinuent, perfides, dans chaque recoin. Que chacun lève
les yeux, ils sont tous à nos pieds, flirtant avec nos chevilles, dans un
ballet lugubre et dérangeant. Mais que chacun se rassure, ils sont inoffensifs,
tant qu’on ne leur marche pas dessus. Dansez avec eux ! Ils donneront la
délicieuse impression de se laisser guider, utiliser même, pour notre bonne
grâce. La peste après tout, on vit avec, on l’apprivoise. Ho, chacun sait,
c’est mal. Ça pique les cœurs, ça mord les âmes, ça embrouille les êtres. Mais
c’est tellement plus simple de l’utiliser quand on n’a pas le caractère de chercher
l’alternative. C’est à portée de bras, facile d’accès. Qu’on nous attaque et on
sort l’artillerie lourde. Jusqu’à ce que la société ne soit plus qu’un échange dégoulinant
de violence que l’on croit justifiée, Seveso incontrôlable, fétide et mortel.
« Les vidéos et documentaires ne te suffisent
pas ? Tu as besoin de le voir de tes propres yeux ? »
Après tout, pourquoi chercher plus loin que ce qu’on nous
apporte tout cuit sur un plateau ? Parcimonie de l’esprit avant tout.
Puisque les médias nous disent déjà qui sont les méchants, puisque l’opinion a
déjà désigné les victimes, puisque la masse a un avis fixé sur ce qui est bien
et ce qui est mal. Puisque nous, de toute façon, on se situe toujours du bon
côté, le côté des gentils, le côté de ceux qui ont raison. Jouons les petits soldats bien éduqués qui ont peur de sortir
des rangs, suivons les yeux fermés. Une étiquette sur tout le monde, dans les
règles de la vulgarité s’il vous plait.
Alors cet homme dont les enfants sont au bord de la famine
et qui abat un singe pour les sauver in
extremis, ce n’est qu’un braconnier sans pitié qu’il faut éliminer. Cette
femme qui a tué à l’arme blanche, ce n’est qu’une meurtrière hystérique qu’il
faut traîner et humilier en justice, qu’importent les viols et violence qu’elle
a essuyés. Et ces autres, ils ne sont pas comme nous ? Alors ils sont
contre nous. Ces étrangers, ces gens qui vivent autrement, qui ne nous
ressemblent pas, qui ont d’autres pratiques, d’autres visions, d’autres buts. Et
même nos voisins qui n’ont pas les mêmes avis. Faites retentir les bombes. Faites
exploser les chairs. Contre eux, contre tous, contre le monde.

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